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  • Photo du rédacteurEmmanuelle Courthéoux

Hypersensibilité et Conflit en médiation familiale

Dernière mise à jour : 1 févr. 2023

Au coeur d’un conflit qui la concerne, la personne hypersensible est touchée au plus profond de son être. Elle ne peut prendre distance tant le conflit l’affecte. Elle ressasse, rumine les événements. Ce genre de situation la bouleverse, la remue intérieurement et nourrit ses angoisses.


Détestant le conflit, l’évitant à tout prix, Maximilien préfère faire plaisir aux autres.

Il craint la trahison tout comme il angoisse à l’idée d’être abandonné. Régulièrement, il se sent incompris, décalé. Ca le touche et il en souffre. Il se connaît et se sait hypersensible. Il sait aussi qu’il a une tendance au sacrifice dans la relation. Il met ça sur le compte de son énorme besoin d’affection. Quand son compagnon lui annonce qu’il le quitte, son monde s’écroule. Après tout ce qu’il a fait pour leur couple, il ne comprend pas cette décision. Il s’en ouvre à Christophe, ultrasensible, qui a vécu une histoire similaire avec son ex femme.


Aude cherche à rendre les autres heureux.


Elle va bien si elle sent qu’ils vont bien, elle fait tout ce qu’elle croit être en son pouvoir pour semer du bonheur et de la joie. Ce qui a le don d’agacer prodigieusement son compagnon qui n’en peut plus. Il a l’impression d’être materné. Ca le rend dingue cette capacité qu’Aude a de s’oublier alors il provoque un électrochoc. Il impose un break dans leur relation. Il est fatigué de ses excès. Elle a l’impression de tomber du 25ème étage. Elle vit très mal ce choix unilatéral. Elle est dévastée. Elle a peur d’être quittée définitivement.





Certains hypersensibles n’ont eu de cesse de vouloir plaire à leurs parents, de les réparer voire se sont parentifiés pour faire le bonheur d’un parent.

Ebranlés par des remarques ou des jugements, ils ont pu être enclins à accepter des maltraitances verbales. Violette est hypersensible et dépendante affective. La relation aux autres est très difficile pour elle qui supporte difficilement les critiques, les reproches. Son vécu émotionnel est plus intense que la moyenne, une vexation peut prendre des proportions incroyables. Elle pète parfois des câbles comme elle dit. C’est tellement intense qu’elle se noie dans son émotion du moment. Elle a du mal à passer au-dessus d’une situation qu’elle estime vexante. Grâce à sa super mémoire, dit-elle, elle n’oublie rien, pas le moindre petit détail et se repasse la scène. Elle souffre plus que la moyenne des gens lors des disputes, tout à fait consciente de ses excès émotionnels et de l’intensité de ses ressentis difficilement compréhensibles pour les autres.

Le compagnon de Maximilien propose une médiation familiale pour gérer au mieux la rupture. Au début effrayé, Maximilien accepte et est vite sécurisé par le cadre du processus. Il craignait un procès d’intentions, une salve de reproches. Il était inquiet et anticipait le fait de ne pouvoir trouver les bons mots. De se faire manger tout cru dixit car il a l’impression de ne pas savoir bien se défendre, d’être impressionnable. Il a compris qu’en médiation, là n’était pas la question. Il a eu toute sa place comme son ex compagnon.

Le regard du conjoint, ex ou pas, a une grande importance pour la personne hypersensible. En cas de conflit, elle peut facilement être intimidée par le ton, par une attitude, par la profération de menaces. Aude a demandé une médiation car elle se disait effrayée par les discussions concernant les conditions du break. Elle avait peur de se faire avoir sur toute la ligne et de subir des critiques. Elle trouvait rassurant qu’un tiers neutre et indépendant aide son couple à trouver des solutions et des conditions à ce break relationnel.


Violette perçoit un plus grand nombre de stimuli que la moyenne. Cet afflux peut la submerger. Il est alors difficile pour elle de faire le tri, de donner du sens, de capter les intentions de l’autre et de hiérarchiser les informations. Envahie, Violette ne sait plus que faire de ces nombreuses infos. Elle perd ses repères. Il est alors temps de marquer une pause. Dans la vie quotidienne, c’est ce qu’elle fait mais elle se demandait si ce serait possible en médiation. La famille y a eu recours lors d’une succession. Ca se passait mal avec ses 2 frères.


Dès le début et durant tout le processus, il est important pour le médiateur de rappeler le respect des différences et du rythme de chacun.

Au cours des pauses, Violette a pu revenir vers une analyse plus rationnelle de la situation, elle a pu éviter de se laisser engloutir par son émotion intense du moment. Les émotions ont leur place dans le processus sans les débordements, tout est dans l’art de l’accueil et de la connaissance des émotions.


La personne hypersensible a besoin de temps de récupération pour prendre soin de sa sensibilité à fleur de peau. La possibilité de respecter ses limites est primordiale à chaque phase du processus. Les émotions sont très présentes durant la médiation. Ca peut être envahissant pour l’autre partie si celle-ci n’est pas hypersensible.


À tout moment, la bienveillance est nécessaire. Le cadre de communication doit être maintenu et rassurant.

Lorsqu’une émotion vécue en excès envahit une des phases, par exemple au moment de la narration, un temps d’arrêt permet à toutes les parties de souffler. L’intensité est difficile à gérer. La partie hypersensible étant plus exposée est plus facilement et plus rapidement fatiguée. Elle peut devenir anxieuse, stressée ce qui ne permet pas au processus de se dérouler dans de bonnes conditions.


Aude, Violette et Maximilien ont beaucoup, beaucoup détaillé les situations en début de processus et ce avec une précision impressionnante. Chaque détail comptait pour eux. S’assurer d’un temps de parole réparti équitablement sans léser les autres parties est garant du bon déroulement des phases.


Lors de la phase d’options, l’affirmation de la personne hypersensible, sa difficulté à s’opposer si nécessaire en évitant toute explosivité peut être mise à mal. On observe qu’elle peut avoir du mal à défendre ses droits et que sa peur du conflit peut l’amener à des réactions inadéquates balayant son propre intérêt. Particulièrement en médiation familiale, l’écueil d’excès d’attention et d’empathie à l’autre ne doit pas saboter un accord qui doit être équitable et respectueux de chacun. À la fin du processus, la prise de décision peut également s’avérer compliquée. On évitera l’impulsivité pour que la personne hypersensible ne prenne pas de décision hâtive.


Maximilien, Aude et Violette ont vécu le processus de médiation de la meilleure manière possible pour eux et ont fait des choix conscients dans le respect d’eux-mêmes. Aujourd’hui ils ont accepté la situation et vivent bien l’accord trouvé. Chacun est reparti sur le chemin de la vie sans dégâts collatéraux impactant leur présent et leur futur.


La relation a été préservée ainsi que l’image de soi et de l’autre. Ils ont pu faire la paix avec un pan de leur histoire.

En tant que médiatrice familiale, je vis l’hypersensibilité comme un cadeau. Quel bel avantage d’être connecté aux émotions. De détecter des détails qui échappent à la plupart d’entre-nous, d’être capable de sentir finement l’état émotionnel de la personne en face de nous, d’être doté d’une attention aiguisée, d’un don d’observation aigu, d’avoir une grande empathie, d’être très attentif aux signaux à tous moments…



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